Vers une priorisation des énergies
en fonction des usages ?

 

Quel est le rôle et l’avenir du gaz dans la transition énergétique ?

Les technologies qui se développent vont nous permettre de mieux gérer les réseaux et de réduire les coûts grâce à la numérisation et à l’analyse des données recueillies par les compteurs communicants. Dans un futur proche, le gaz ne sera plus essentiellement naturel, il pourrait même, en 2050, être 100% vert, selon une étude de l’Ademe, GRDF et GRT gaz. Comme il sera alors produit localement, cela réduira fortement nos importations avec un effet très positif sur notre balance commerciale. Les impacts environnementaux seront également importants puisque les émissions de gaz à effet de serre seront réduites jusqu’à 80%.

Le gaz complémentaire de l’électricité pour décarboner le mix énergétique

On commence tout juste à parler de smart gas grid (réseau de gaz intelligent) alors que le smart grid électrique est de plus en plus connu. Tout comme celui de l’électricité, le réseau de gaz se numérise pour répondre en priorité à l’enjeu de l’intégration des énergies renouvelables, ici les gaz verts, produits localement dans les territoires. Cela nécessite d’adapter le réseau. Le gaz a besoin de se réinventer pour trouver sa place autour de l’injection de gaz bio dans les réseaux, notamment avec la méthanisation, la pyrogazéification (gaz créé à partir du bois) ou bien le power-to-gas, qui valorise un surplus d’électricité renouvelable sous forme de gaz. Le gaz se fait alors complémentaire du réseau électrique pour décarboner le mix énergétique. Le gaz a l’avantage d’être flexible et facilement stockable.

 Une nécessité tant politique que philosophique
Notre mix est aujourd’hui électrique à 25%. Passer à un mix 100% électrique avec une électricité de plus en plus intermittente, est une gageure technique et économique. Comment stocker l’électricité sur une longue période ? Comment mettre à jour les infrastructures de réseau et de stockage ?

L’électricité et le gaz sont deux énergies complémentaires pour répondre à ces défis et réussir la transition écologique.

Vers une priorisation des énergies en fonction des usages ? Si les véhicules électriques particuliers représentent une part importante du parc de véhicules, la consommation électrique sera en hausse.

Plutôt que d’investir dans de nouvelles centrales électriques, on pourrait envisager de convertir d’autres usages électriques, comme par exemple, le chauffage en zone dense, vers du gaz ou du réseau de chaleur.

Mais qui en paiera le coût ? Le consommateur ou les acteurs du monde électrique ? Il n’y a pas encore de réponse. Le modèle économique reste à construire. Mais il existe bien une nécessité politique et philosophique à encourager la complémentarité des énergies.

 

Carine Sebi, économiste, spécialiste du secteur énergie, professeur assistant à Grenoble Ecole de Management (GEM). En complément de son activité à GEM, elle participe à de nombreux projets de recherche portant sur les politiques et indicateurs d’efficacité énergétique dans le monde.

 

En savoir plus : Smart gas grid

Fin de la centralisation, le réseau de gaz évolue à vitesse grand V ! Il devient intelligent (smart) pour permettre un pilotage précis et durable de la consommation. Servir au mieux onze millions de clients, exploiter et surveiller 200 000 km de réseau (soit cinq fois le tour de la terre par l’équateur), gérer les flux de gaz naturel et de biométhane nécessite une collecte d’informations détaillées. D’autant que viendra bientôt se rajouter la gestion des futurs stocks de gaz conservant les surplus d’électricité verte. Le pilotage à distance du réseau de gaz en temps réel est en train de se mettre en place, grâce au déploiement du compteur communicant Gazpar et des nouvelles technologies de l’information (puces RFID, nanotechno­logies, drones, …).